Accompagner quand manquent les mots?

Accompagner quand manquent les mots?
Chercher les mots... que l'on ne connait pas!

L’appauvrissement de notre vocabulaire

Au fil des années, j’ai constaté que les accompagnements prenaient un cours un peu nouveau ; pour une raison simple : l’appauvrissement du langage et de son maniement.

Dans mon métier, du point de vue opérationnel, le langage est une discipline fondamentale.

Elle accouche du fond de notre conscience l’étendue des possibles, la compréhension et la guérison.

 

L’art du questionnement mis à l’épreuve

Elle repose sur l’art du questionnement : convertir une intention en déployant une stratégie.

Celle-ci prend forme à travers des questions structurées par une syntaxe, du vocabulaire et enfin un point d’interrogation.

Jusque-là, me direz-vous, il n’y a rien d’exceptionnel.

Oui ! Et à partir de là, les choses se compliquent.

 

Faut-il que l’interlocuteur comprenne les mots, leur sens dans le contexte ? « Avec « des daims » (dédain), il me regardait interrogatif – Mais je ne m’intéressais qu’aux cervidés ! »

Faut-il qu’il soit en capacité de répondre par une phrase construite et signifiante, fruit de sa réflexion et intelligible à mon écoute.

Toute analyse, toute thérapie, tout coaching ne peuvent se passer de mot puis de la recherche et de la validation de leur sens.

Je commence à observer quelques difficultés de compréhension réciproque dans certains échanges avec des générations plus jeunes que la mienne.

Vers un constat partagé!

Pour mettre à l’épreuve l’avancée de mon âge au risque de gagatisme précoce, je m’en ouvre avec d’autres professionnels.

Et le constat est partagé.

Les causes sont nombreuses :

  • dysorthographie,
  • dyslexie (10% de la population),
  • analphabétisme et illettrisme (7% de la population).

 

Des émoticônes en lieu en place de mots

D’autres sujets m’inquiètent comme les messageries. Les émoticônes, sympathiques, permettent une plus grande vitesse de communication sur bien des sujets. En même temps, qui exprime une émotion posée ainsi : « J’ai pour toi le sentiment d’une agréable confusion qui bouleverse mon cœur à chacun de tes regards » en lui préférant au mieux un « J’te kiffe grave » ou encore « Un double cœur enlacé ».

 

Dix mots ne sont pas une idée, ils ne sont que dix mots.

Inquiétant aussi l’usage immodéré des réseaux sociaux qui résument en quelques dizaines de caractères ce qui se croit être le résultat d’une pensée. Elle prend souvent la forme d’un jugement de valeur, d’un soutien ou d’une opposition infondée.

Le raccourci verbal n’exprime qu’une émotion brute loin de la pensée riche, cachée qui ne peut émerger que par le questionnement.

 

La paupérisation du débat public

Enfin, je m’inquiète de la paupérisation de l’exercice du débat, de l’éloquence, de la saine confrontation des idées, si enrichissante.

A la fac’, une fois les barricades refroidies, je retrouvais mes acolytes et néanmoins habiles bretteurs pour ferrailler avec conviction et arguments.

Sous les pavés se cachaient encore des mots chargés de sens et d’émotion. Ils ont contribué au cheminement de ma pensée, de ma vision du monde ; ah ! Autant que l’art d’y éviter les OVNI, je veux parler des « Objet Volant Non Intelligibles ».

 

Think different!

Penser autrement est devenu suspicieux. Il est bien loin le slogan « Think different ».

En choisissant un camp de pensée, il n’y a plus de raison de dialoguer avec l’autre…

Choisir un camp, c’est choisir la facilité, c’est renoncer à l’expression du moi narcissique qui déclare « je pense donc je suis » ;

C’est comme une mort cérébrale dont l’intelligence artificielle générative n’en serait au pied du lit que le pâle moniteur.

Et pourtant, nous disposons de plus de 100 000 mots aux 350 000 définitions de sens.

 

Notre langue n’a jamais été aussi riche… et nous jamais été aussi pauvre dans son utilisation…

 

Et vous, que faites-vous pour aimer et cultiver ce trésor qu’est la langue française bien utile pour nous accompagner dans nos challenges et nos guérisons ?

A écouter en podcast sur RADIO RCF

https://www.rcf.fr/economie-et-societe/mieux-vivre-son-travail?episode=570205

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